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10 techniques marketing expliquées 5 minutes

10 techniques marketing présentées de façon humoristique. 10 petites vidéos plus fun qu’un long article que vous lirez en F de toute façon.

« # PROPAGANDA : Comment nous vend-t-on un Levi’s, un IPhone, un énième épisode de Star Wars, du Red Bull, des Pokémon Go, ou même Trump et la République populaire de Chine… Un spin-doctor de choc nous fait découvrir de l’intérieur les stratégies les plus habiles, utilisées à notre insu pour façonner nos désirs ! Une série montée à partir d’images détournées pour comprendre de manière drôle et décalée comment influer nos opinions et fabriquer notre consentement.

Une websérie documentaire de 10 x 5’ écrite et réalisée par Léo Favier Narée par Damien Witecka, la voix-off officielle de Leonardo DiCaprio Coproduction : ARTE France et Les Bons Clients A découvrir dans son intégralité sur https://www.arte.tv/propaganda »

1-La technique marketing du MYSTERY MARKETING

2-La technique marketing du STORYTELLING

3-La technique marketing du GREEN WASHING.

4-La technique marketing de la POLARISATION

5-La technique marketing du CONTENT MARKETING

6-La technique marketing de la GAMIFICATION

7-La technique marketing des LEADERS D’OPINION

Voir également le post sur Edward Bernays

8-La technique marketing du MARKETING PARTICIPATIF

9-La technique marketing du NATION BRANDING

10-La technique marketing du RETRO-MARKETING

 

#Propaganda | tous les épisodes | ARTE Creative

, Fans ! Enjeux marketing d’un phénomène devenu incontournable
La passion pour le cinéma, la musique ou la moto ne peuvent être compris que si l’on creuse dans la vie du consommateur à la recherche de conditions socio-culturelles qui l’ont poussé vers ces activités.
Nd3000 / Shutterstock

Gregorio Fuschillo, Kedge Business School

« Être fan » est aujourd’hui une expression utilisée couramment pour indiquer l’attachement que l’on a pour un sport, une star de la musique, une série télé, une marque de voiture, ou encore une marque ou un produit high-tech. On peut aussi être fan d’activités du quotidien comme, par exemple, du digital, du recyclage, du healthy food (Trad. : nourriture saine), etc. Bref, il y a des fans pour tout et les fans sont partout…

Mais qu’est-ce qu’un fan au fond ? Les fans sont généralement définis comme étant des consommateurs profondément attachés aux objets et aux activités de consommation avec lesquels ils construisent une relation émotionnelle. Ils montrent en parallèle une motivation toute particulière à tisser des liens avec d’autres fans partageant les mêmes intérêts. C’est grâce à cet attachement et à ces relations sociales qu’ils construisent leur identité et trouvent leur place en société.

Les trois temps du phénomène fan

Les fans ont pris une importance inédite ces dernières années. À l’origine, dans les années 1980, le phénomène était plutôt marginal. Les communautés de fans (ou fandoms) vivaient en marge de la société, voire en résistant à celle-ci. C’est à partir de années 1990 et surtout 2000 qu’ils ont gagné du terrain dans l’espace social et culturel.

Plus précisément, on peut identifier trois moments dans l’évolution du phénomène fan vis-à-vis de la société et de sa culture dominante : résistance, participation et activisme.

  1. Résistance : les sous-cultures de fans émergent comme étant des cultures marginales qui résistent à la culture dominante. Par exemple, dans les années 1980, les fans de Madonna – surtout les adolescentes – voyaient dans la chanteuse et dans ses textes un moyen d’acquérir une prise de conscience de soi, d’établir une solidarité intra-générationnelle et résister ainsi aux contraintes sociales liées à leur statut.
  2. Participation : les fans groupés en collectifs – dits communautés, tribus ou, plus en général, fandoms – cohabitent avec la société, plutôt que de lui résister. Au sein de ces collectifs, les fans participent à la création de valeurs alternatives à celle de la culture dominante en détournant le sens des objets et des marques produits par le système capitaliste. Le géant américain du numérique Apple doit par exemple une grosse partie de son succès (et de sa survie dans les années sombres) au sens quasi religieux que les fans ont associé à ses produits et au mythe qu’ils ont construit autour de la marque et de son fondateur Steve Jobs.
  3. Activisme : les fans utilisent les valeurs et la culture développées au sein des fandoms pour challenger et changer la culture dominante. Dans ce contexte, la marque devient un dispositif quasi politique qui règle le rapport à la société. Les exemples sont nombreux : la Harry Potter Alliance, groupement de fans du célèbre apprenti sorcier et de son univers imaginé par JK Rowling, poursuit des actions humanitaires et politiques ; en Italie, les fans du comédien Beppe Grillo ont organisé un mouvement politique inspiré par ce dernier, et ils dirigent aujourd’hui le pays ; citons enfin Nike, qui a choisi la joueur de football américain Colin Kaepernick pour sa campagne Dream Crazy. L’équipementier américain, toujours à la pointe en marketing, va là exactement dans le sens de l’activisme des fans, puisque Kaepernick est aussi – si ce n’est plus – réputé pour ses prises de positions politiques que pour ses performances sportives. Nike fait ainsi passer le message suivant : le sport, et donc la marque Nike, n’est plus qu’un moyen de tester ses limites, mais aussi de faire progresser le monde face à toutes sortes d’inégalités, de préjugés et d’injustices.
« Dream crazy », la dernière campagne publicitaire de Nike qui met en scène le joueur militant Colin Kaepernick.

Idéologie consumériste et fanatisme

Le mot « fan » dérive de « fanatisme ». Le fanatisme est un processus historique et culturel qui génère de nouvelles valeurs et de nouvelles logiques de fonctionnement, puis les injecte dans la société en modelant sa culture et déterminant le changement social. Traditionnellement, le fanatisme se nourrit d’idéologies religieuses ou politiques. Aujourd’hui, il se nourrit aussi de l’idéologie consumériste.

Si, par le passé, le croisement entre fanatisme, religion et politique a donné lieu à des épisodes tragiques et à des changements radicaux (par exemple, les guerres entre catholiques et protestants, ou encore la Révolution et la Terreur en France), le fanatisme lié à la consommation et, en particulier, aux marques semble être moins traumatisant. Néanmoins, les changements apportés par ce fanatisme de marque ont un impact majeur sur la culture à part entière de nos sociétés. Il suffit de réfléchir à comment la logique du partage propre à la culture fan a remplacé celle, traditionnelle, de la possession. On retrouve aujourd’hui cette logique à la base de nombreux business, en particulier dans le digital.

C’est au travers la tension continuelle entre fanatisme et société que les marques s’intègrent de plus en plus dans l’ensemble des dynamiques et des interactions sociales qui forgent les expériences de vie des consommateurs et, par conséquent, leurs identités. Ce qui semble en effet véritablement générer l’attachement des fans à la marque est la tension sous-jacente à ces temps du phénomène fan qui oppose les individus à la société qui les entoure. Tension qui émerge en surface, d’abord sous forme de résistance, puis de participation et, enfin, d’activisme.

Aujourd’hui, le véritable enjeu pour les marketers est de comprendre ce qui oppose le consommateur à son contexte social et le rôle que la marque joue (ou peut jouer) dans cette tension. Pour ce faire, les marketers doivent aller vers les fans en cherchant des enseignements dans leur vécu personnel et leurs propres expériences de consommation. L’amour pour le sport, l’art ou les jeux vidéo, la dévotion pour une célébrité, la passion pour le cinéma, la musique ou la moto ne peuvent être compris pleinement que si l’on creuse dans la vie du consommateur à la recherche des conditions socio-culturelles qui l’ont poussé vers ces activités de consommation et du sens qu’il leur attribue. Et pour cela, au passage, le big data, ne nous est pas d’une très grande aideThe Conversation

Gregorio Fuschillo, Professeur assistant de marketing et de consumer culture « theory », Kedge Business School

theconversation

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Nike Store, Citadium.
Nike.com

Maggie Scordel, Propedia

Cet article se fonde sur l’étude réalisée par Mélissa Benayed-Magne (étudiante à l’ICD Business School, PGE promotion 2017) dans le cadre de son mémoire de fin d’études.


Le salon Paris Retail Week qui s’est déroulé du 19 au 21 septembre 2017 a accordé une grande place au digital in-store et notamment au rôle du vendeur ultra-connecté.

Devant les nombreux dispositifs qui sont accessibles aux enseignes, nous pouvons nous interroger sur la façon de digitaliser les points de vente pour que ces derniers puissent répondre aux attentes des consommateurs de plus en plus volatiles, exigeants, pressés et qui cherchent à combiner les avantages du commerce offline et online.

33 achats par seconde en France sur Internet

Le consommateur contemporain est un mobinaute qui peut se connecter à Internet n’importe où et n’importe quand. Selon une étude menée par la FEVAD en 2016, les Français ont dépensé 72 milliards d’euros sur Internet, cela représente 33 transactions par seconde. Force est de constater que les enseignes dites traditionnelles doivent se réinventer afin de s’adapter aux nouvelles habitudes de consommation.

En effet les multiples supports mis à la disposition des consommateurs pour acheter un produit ou un service complexifient considérablement le parcours client. Si le magasin physique présente certains avantages face au e-commerce, les enseignes doivent cependant appréhender à la fois un parcours client qui n’est plus linéaire et de nouvelles attentes de la part des consommateurs. Ces derniers recherchent en magasin les mêmes avantages qu’en ligne : rapidité, diversité de l’offre, conseil, voire accompagnement et service personnalisé.

La disparition de l’enseigne emblématique Virgin Mégastore qui n’a pas su prendre le virage de la révolution du numérique à temps face aux concurrents Amazon et Apple, montre combien il est important pour les distributeurs de s’adapter aux nouvelles attentes des consommateurs.

De nouveaux e-distributeurs… physiques

Les pure players quant à eux n’hésitent pas à faire évoluer leur stratégie de distribution à l’instar d’Amazon, qui a ouvert sa première boutique physique à Seattle en 2015 appelée Amazon Books, avec plus de 5 000 références. À la manière d’un showroom, ce premier magasin a permis à la marque de proposer des démonstrations de produits high-tech comme ce fût le cas pour la liseuse Kindle. Outre un gain de notoriété, cela permet de lever les freins à l’achat en ligne en testant le produit directement sur place.

Le commerce connecté s’impose comme une réponse à cette nouvelle tendance de consommation, où les clients naviguent d’un point de contact à un autre pour se renseigner et comparer, sur plusieurs supports et dans différents lieux avant l’achat. Dans cette perspective, les enseignes adoptent une stratégie omnicanal ou les outils digitaux permettent de briser la frontière entre le réel et le virtuel.

Renouveler la visite du magasin

En intégrant le digital in-store, c’est la promesse pour le client d’une expérience unique, sans couture entre le site Internet et le magasin physique. En somme, les outils digitaux permettent de renouveler l’expérience en magasin.

Pourtant, il n’est pas rare d’observer en magasin des écrans, des tablettes ou bornes tactiles à l’abandon, soit car ces derniers ne sont pas intégrés dans le processus de vente, soit car ils sont perçus comme gadget pour les clients qui se sentent perdus face à la multitude de points de contact qui s’offre à eux.

Ainsi, certains principes apparaissent fondamentaux pour les enseignes comme le souligne notre enquête, qui se base sur 4 entretiens semi-directifs de professionnels de la distribution et un questionnaire administré à 95 consommateurs. En effet, la digitalisation des points de vente doit être le résultat d’une stratégie globale de l’enseigne qui allie à la fois formation des vendeurs, accompagnement spécifique des clients et veille technologique.

Changer la relation avec le vendeur.
FAL

1. Former et impliquer les vendeurs

La digitalisation leur permet de retrouver l’essence même de leur métier. Aidés par la technologie, leur rôle est alors celui d’un « conseiller expert » ultra connecté qui va accompagner, conseiller et aider les clients dans leur parcours en leur apportant une expertise supplémentaire.

Le chatbot, ce vendeur virtuel avec lequel le client peut dialoguer dans certains points de vente n’est alors pas un concurrent du vendeur physique mais il lui est complémentaire. La formation des équipes de vente pour accompagner au mieux l’évolution de leur métier apparaît alors centrale.

2. Passer du big data au smart data

Ces données qui arrivent massivement, appelées le big data, permettent après traitement et analyse de mieux comprendre les comportements et les habitudes de consommation. Avec l’approche smart data il s’agit d’aborder la collecte de données de façon plus structurée, plus qualitative, en étant plus proche des besoins réels et en anticipant davantage l’exploitation et l’intérêt de la collecte des données massives.

Cela suppose de briser les silos entre le canal physique et le canal virtuel dans la collecte et dans l’échange des données.

3. Faire accepter le digital in-store aux clients

Pour les consommateurs la digitalisation du point de vente fluidifie le parcours d’achat, permet de personnaliser l’offre et de créer un lien avec l’enseigne. Cependant, face à ces dispositifs technologiques un accompagnement et une présentation pertinente des bénéfices client doivent être entrepris.

En effet, des tablettes tactiles peuvent passer totalement inaperçues si le client n’est pas accompagné et que leur utilité n’est pas présentée. Bien que le consommateur contemporain soit « connecté », il n’est pas pour autant toujours réceptif à un dispositif digital.

4. Anticiper les outils digitaux

Le magasin de demain n’est plus seulement un lieu où le consommateur vient pour acheter, mais un espace transversal fait d’expériences et de découvertes uniques, qui ne cesse de s’améliorer et d’innover. Il est alors nécessaire d’anticiper les technologies en faisant une veille et en s’appuyant sur le Smart Data, pour offrir des produits et services qui se rapprochent au mieux des besoins des clients.

Il s’agit donc d’opter pour les technologies les plus adaptées à la fois aux attentes des clients et au type d’expérience souhaité par l’enseigne.

Lunettes Microsoft.

Les opportunités sont nombreuses et sources de création de valeur pour les enseignes comme pour les clients. Avec le lancement de ses lunettes HoloLens, Microsoft permet au consommateur de se plonger dans l’environnement qu’il aura choisi en 3D, ce qui peut s’avérer particulièrement intéressant pour l’achat de meubles en magasin ou la personnalisation d’une voiture chez un concessionnaire automobile.

Les technologies d’intelligence artificielle et de réalité augmentée au service de l’expérience client ne cessent de nous surprendre et de faire évoluer le rôle du magasin, des conseillers de vente, et les habitudes d’achat des consommateurs. Entre cabines d’essayage virtuelles, murs digitalisés ou encore paiement par empreintes digitales, le parcours d’achat est fluidifié, maîtrisé, mieux assisté par les vendeurs afin d’améliorer – de réenchanter – l’expérience vécue en magasin.The Conversation

Maggie Scordel, Enseignant-Chercheur en Marketing, Propedia

theconversation

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Tous gavés de marketing ?
rdesign812/Flickr, CC BY

Hélène Yildiz, Université de Lorraine

Dès mon premier cours, je demande systématiquement aux étudiants : que représente pour vous le marketing ? Invariablement, j’obtiens la réponse suivante : c’est de la publicité. Si l’on pousse le questionnement plus loin : « la publicité c’est de l’arnaque… C’est mensonger, ils (les entreprises) font tout pour nous faire acheter n’importe quoi ».

Ou encore, vient l’exemple d’une professionnelle qui apprend comment négocier avec un fournisseur en sciant le pied d’une chaise pour la rendre inconfortable et déstabiliser encore davantage le fournisseur pendant la négociation.

Voilà le décor planté ! En tant qu’enseignant-chercheur en sciences de gestion spécialisé en marketing, on peut se poser légitiment des questions : pourquoi ces préjugés ? D’où viennent-ils ? Comment lutter contre ces préjugés ?

La face visible de l’entreprise : le marketing

Le marketing représente une des disciplines des sciences de gestion et c’est une des fonctions étudiées les plus visibles de l’entreprise à travers une de ses facettes : la publicité. Elle est donc constamment sous les feux de la rampe. Plus facilement montrée du doigt par les consommateurs, les fournisseurs… toutes les parties prenantes mécontentes de l’entreprise.

Ses actions apparaissent d’autant plus fourbes que certaines n’hésitent pas à maquiller les réalités. Même mises à découvert, certaines firmes n’hésitent pas à nier en bloc les faits… reviennent encore plus fortes en communiquant (« Das Auto… », etc.). Tout un jeu de dupes ; mais personne ne l’est, ou de moins en moins ! On peut encore en citer d’autres qui font l’actualité par exemple ces entreprises qui refusent de retirer du marché certains de leurs produits alors qu’ils sont considérés cancérigènes !

En sciences de gestion (discipline d’ailleurs fort méconnue des médias) d’autres spécialités coexistent avec le marketing, comme la finance, le contrôle de gestion, ou encore les ressources humains, etc. Ces fonctions font parfois l’objet de mises en spectacle : la fonction « ressources humaines » chez France Telecom a fait la une des médias à l’occasion des suicides de ses salariés. Ou encore la fonction « finance » qui secoue les marchés suivant les innovations rusées des financiers. Ainsi toutes les fonctions sont contestables et pas seulement le marketing. Finalement, cette discipline trop visible sert surtout de bouc émissaire à l’ensemble des maux des entreprises !

On peut donc se poser à juste titre la question suivante : le modèle, dans sa globalité, sur lequel repose l’entreprise ne pose-t-il pas un réel problème ?

Ces entreprises ne sont-elles pas contraintes par le système sur lequel elles sont établies ? Et par conséquent, les experts scientifiques qui l’étudient ne sont-ils pas modelés par ce système ?

Un modèle altéré à son origine

L’objectif du système économique est de générer de la croissance. Mais qu’est-ce que la croissance économique ? Cette dernière est la résultante de l’ensemble des valeurs ajoutées produites par les entreprises, et donc de leur propre croissance, et par conséquent de l’exploitation, entre autres, de matières fossiles dont on sait aujourd’hui, pour certaines, la fin proche dans leur cycle de vie.

Peut-on aujourd’hui raisonnablement promouvoir un système où le cœur de l’équation est un ensemble de facteurs finis pour un résultat toujours infini, la croissance ?

Ces entreprises reposent donc sur cette aberrante équation qui ne peut tendre raisonnablement vers l’infini avec comme contraintes majeures l’actionnaire avide de retour rapide sur capital investi et le consommateur tirant les prix toujours vers le bas.

On voit bien aujourd’hui combien cela affecte notre environnement, voire la survie de notre humanité et de notre planète ? Ne faudrait-il pas promouvoir un autre modèle de croissance plus qualitatif ? Un modèle plus respectueux de l’environnement, des salariés, des fournisseurs, des clients… de l’ensemble des parties prenantes participant à la création de cette valeur ?

Quelles solutions ?

Certains prônent la décroissance, mais c’est un autre extrême qui serait difficilement acceptable par nos concitoyens et guère réjouissant comme avenir.

Il faudrait certainement mettre le curseur entre les deux ou du moins faire en sorte que l’entreprise ne vise pas seulement une croissance quantitative mais de qualité en respectant les différentes parties prenantes de l’entreprise et toutes ses composantes internes (salariés, managers…) permettant ainsi à l’ensemble des acteurs et à l’environnement d’évoluer durablement et équitablement.

Dans ce nouveau modèle, comment le marketing pourra se redéfinir ? Quels peuvent être les stratégies à mener si le but n’est plus de vendre à tout prix ? Si ce n’est plus la création de besoins inutiles ? Comment opérationnaliser ces stratégies ?

Faire connaître le produit, certes, mais comment et dans quelle perspective ? Faut-il encore utiliser les moyens intrusifs ? Ne faudrait-il pas mettre en place une vraie permission marketing auprès du consommateur ? Un vrai partenariat avec le consommateur ? Et non pas un maquillage marketing pour simplement vendre plus ?

Comme nous pouvons le constater, ce n’est pas le marketing qui est mauvais mais l’usage qu’en fait l’entreprise.
Je pense même que le marketing a un rôle important dans l’évolution de l’image de l’entreprise auprès de la société civile.

Si l’on fait un retour aux fondements de la définition du marketing, Baggozzi en 1975 définissait le marketing comme un échange. Autrement dit : créer un bien et/ou un service dont on a besoin et l’échanger contre une partie monétaire représentant le temps et le coût dépensés pour créer cet objet et ainsi répondre à un besoin.

L’entreprise est tellement éloignée du cœur même du marketing : satisfaire le besoin de l’individu ! Elle crée elle-même des besoins complètement inutiles. Tellement inutiles qu’ils engendrent des gaspillages de tous ordres : alimentaires, vestimentaires, technologiques… une incohérence totale au regard d’un développement durable. Et pourtant l’entreprise est un acteur tellement indispensable car elle est le cœur de notre système économique et social. Elle apporte une cohésion, un sens à l’ensemble des acteurs d’un territoire.

Un certain nombre de mes collègues a pris conscience de l’importance du positionnement du marketing au sein de notre société. Il est vrai qu’en tant qu’enseignants/chercheurs en sciences de gestion, nous sommes au cœur du process et c’est à nous, pédagogues et théoriciens, de fournir des approches et des perspectives différentes à l’égard des entreprises, des étudiants, des collectivités, des institutions… :

  • transmettre des savoirs, des savoir-faire et des savoir-être différents pour les générations futures,
  • réfléchir pour imprégner davantage nos apports théoriques de valeurs éthiques,
  • tenir davantage compte des apports managériaux intégrant l’environnement physique et social dans lequel s’insère l’entreprise, et proposer des implications managériales dans le respect et l’équilibre de ces environnements.

À ce sujet, les entreprises de l’économie sociale et solidaire peuvent nous donner des pistes de réflexion. Ces entreprises, constituées en coopératives ou en mutuelles notamment, fonctionnent sur un mode collaboratif, aussi bien en amont (au niveau des fournisseurs-logisticiens-grossistes par exemple) dans le processus de création de la valeur ajoutée qu’en aval (auprès des clients, consommateurs entre autres). Par ailleurs, elles sont très implantées dans leur territoire et dans l’ensemble des réseaux sociaux. Et par conséquent, elles apportent une vraie valeur ajoutée au sein de leur lieu en termes de produits, de services, de liens, d’engagements locaux, et plus largement sur l’ensemble de leur filière.

Si l’on pousse l’exemple plus loin, l’expérience de la monnaie locale Ithaca Hours pourrait nous donner une très belle leçon : le cœur de l’échange n’est plus simplement le produit contre une certaine somme monétaire mais contre des heures travaillées.

Par ailleurs, il faut souligner que cette problématique touche l’ensemble de tous les domaines scientifiques tels que l’économie, la médecine, l’automatisme… En effet, toutes les disciplines scientifiques participent directement ou indirectement du modèle de croissance actuel. Et il serait pertinent que les experts scientifiques s’interrogent sur le sens à donner à leur travail ; car tous ensemble nous contribuons à construire nos futures sociétés et leur environnement.The Conversation

Hélène Yildiz, Maître de Conférences HDR Sciences de Gestion, Université de Lorraine

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Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.